Pourquoi introduire la danse des rythmes premiers dans les stages « REVENIR AU CENTRE » dans une école qui enseigne principalement le Tai Chi et la posture ?
Parce que le corps apprend par contraste.
Lorsque nous débutons un apprentissage nous sommes vigilants, concentrés, en éveil. Puis au fil des mois, des années, nous prenons des habitudes, une routine s’installe. La pratique devient confortable et nous pouvons de mieux en mieux écouter l’intérieur.
Certes ! Oui ! Mais aussi…notre vigilance s’érode, s’échapper dans nos pensées devient trop facile, le « singe fou » en profite et voilà que nous nous décentrons. C’est à ce moment-là qu’une pratique inhabituelle offre des prises de conscience intéressantes.
La danse des rythmes premiers est une danse très simple, intuitive, à laquelle tout le monde a accès.
Être ensemble dans le rythme, être avec la musique (maintenant) et avec les autres (ici, dans cet espace). Cela oblige à se centrer immédiatement et à revenir les pieds dans la terre.
Et cela, toujours, rend joyeux, décuple l’énergie.
Au cours du stage, quand nous dansons le Mandala nous intégrons symboliquement les découvertes vécues juste avant dans le processus d’exploration et nous les incarnons. C’est aussi une façon de calmer le mental.
Nous vivons aussi des moments de danses libres qui sont un régulateur émotionnel. Elles harmonisent, ouvrent un espace pour l’expression des sentiments, joie, tristesse, lyrisme, colère, élan spirituel, nostalgie…il s’agit là de laisser notre corps être récepteur et notre créativité advenir.
Pourquoi « Danse des rythmes premiers » ?
Je l’ai nommée ainsi parce que c’est une danse intuitive reliée aux rythmes fondamentaux du corps : nous avons tous entendu les battements du cœur, nous sommes tous capables de nous mettre à l’écoute du va et vient du souffle, et c’est tout naturellement, en jouant, en imitant les autres, que le corps se met à bouger au rythme de la pulsation musicale.
Et voilà que « ça balance » et rend joyeux avec un intense sentiment de vie.
Par exemple, j’ai vu à l’Opéra de Paris dans les années 90 « le sacre du printemps » dans la version chorégraphiée par Nijinski. J’en ai été bouleversée. Il y a dans cette danse tribale toute la force et le dynamisme de la culture paysanne de Pologne et de Russie d’où Nijinski était issu, avec une gestuelle simple, naturelle, une musique répétitive et puissante qui fait vibrer le ventre.

Pendant ma formation en expression primitive avec France Schott-Billmann, j’ai expérimenté des ateliers inspirés de thèmes tirés de mythes ou de contes. Danser un mythe, un conte, un rêve… oui, je pouvais faire ça, j’étais pleine d’enthousiasme.
Prendre connaissance de la sagesse de la culture paysanne européenne à travers ses contes, ses danses et ses chants populaires m’a donné des réponses qui sont comme un baume sur les grandes questions existentielles, la mort, les angoisses primitives. Alors pourquoi ne pas danser le Mandala de l’être ?
« Tous les héros des contes sortent grandis et triomphants de leurs épreuves.
Patience, courage, confiance, la vie gagne toujours. La mort n’a qu’une peur, que la vie la dévore. »
Henri Gougaud, le rire de la grenouille
L’Expression primitive prend sa source dans la danse afro-américaine : les recherches chorégraphiques de Catherine Dunham qui mêlaient le ballet et les danses rituelles des Caraïbes. On dit que ses danseurs étaient en transe pendant ses spectacles. L’expression primitive soutient la démarche du danser et chanter ensemble qui réunit les hommes et femmes de cultures différentes. Dans ces moments les danseurs et danseuses sont obligatoirement dans le « ici et maintenant », le centre commun à tous. A ce moment-là se passe quelque chose d’indéfinissable, source de grande joie !
Martine Bodilis